Faire co-écrire les élèves crée une dimension de responsabilité dès lors qu’ils publient leurs informations “en mouvement” et « à plusieurs mains » : l’écriture collaborative permet de relier les connaissances individuelles des élèves dans un savoir collectif. Comment le professeur-documentaliste peut-il prendre en compte ces compétences à la fois intellectuelles et sociales?

Ces conditions pédagogiques peuvent permettre à l’élève d’interagir avec ceux de sa classe, voire en dehors, ajoutant une dimension responsabilisante d’une écriture en ligne qui est “vue” et “lue”. Comment ouvrir l’espace clos de la classe à un espace public mais citoyen, en utilisant des outils qui favorisent la collaboration et la publication de la pensée “en acte” de l’apprenant ?

 

On a pas attendu le numérique pour faire collaborer les élèves. Mais aujourd’hui, les travaux d’écriture collaborative peuvent bénéficier d’une amélioration fonctionnelle, voire d’une configuration du travail pédagogique inconcevable, il y a quelques années : créer un texte à 20 mains, grouper dans un même document les idées de tout un groupe, et surtout gérer l’évolution du travail d’écriture de manière globale, en temps réel, étaient des tâches délicates à mettre en oeuvre (rigidité du support imprimé pour un travail de co-écriture à plusieurs mains).

 
 

Quelle finalité à l’écriture collaborative?

  • Des finalités pédagogiques

    • Développer des compétences intellectuelles, sociales, procédurales.

    • Dépasser des conflits pour créer collectivement

    • Donner à l’élèves des méthodes de travail en groupe, qu’il peut réutiliser (exemple : faire un exposé à distance, hors temps scolaire, lors d’un travail en groupe)

    • initier à la publication Web et ce que suppose ce support dans la façon d’écrire

    • présenter l’avancée en direct à la classe

    • faire assister ou contribuer des personnes extérieures (on peut faire interagir des classes de divers établissements par exemple)

    • motiver (classe ouverte, application numérique)

  • Des avantages techniques

    • un “document” modulable, ajustable, organisable

    • qui permet le travail des autres en temps réel

    • ouvrir la classe dans un nouvel espace ouvert

    • responsabiliser : je m’exprime sur un espace visible, je dois apprendre à me comporter de manière citoyenne

  • En documentation ?

C’est la possibilité de développer des habitudes informationnelles dans une dynamique d’intelligence collective, si tant est que le cadre pédagogique soit bien posé.

Entre autres :

    • Des brainstormings collaboratifs

    • Des comptes-rendus à plusieurs mains

    • Des recherches d’informations collectives

    • Préparer des publications d’informations

    • Des évaluations sur ce qui est retenu d’une séance

    • Des travaux d’écriture (poétiques, abécédaires, etc)

 
 

En pratique?

 

Ces quelques exemples, ci-dessous, présentent succinctement des séquences d’écriture collaborative, menées soit à l’aide d’un pad, soit d’un “mur”. Dans tous les cas, l’affichage au tableau du travail en cours de co-écriture est facilité : l’enseignant peut avoir ainsi une vue d’ensemble et gérer l’évolution plus facilement.


  • Des exposés collaboratifs :

Un thème d’exposé est donné à l’ensemble d’une demi-classe.

A l’aide de Titanpad (tutoriel), les élèves définissent des sous-parties qui pourraient être données à l’exposé. Ensuite, ils se répartissent les différentes parties à remplir. Certains élèves, quant à eux, s’occupent des fautes, certains vont reformuler, superviser, etc.

Le chat peut être utilisé pour communiquer sur le travail, y compris avec l’enseignant.

Cette mise en situation de recherche a permis de débloquer certains élèves de 6èmes qui n’étaient pas à l’aise avec la structuration d’une recherche.

 
 

  • Travail sur le copier-coller :

 En sixième les élèves travaillent sur la notion de copier-coller. L’enseignant-documentaliste prépare un mur avec l’outil Padlet(tutoriel) que les élèves retrouvent car il est intégré dans une page du site du collège (on peut aussi leur donner l’adresse URL du mur).

Comme ce mur a été créé avec un compte Padlet, il est possible à la fin de la séance de “verrouiller” le mur afin que plus personne ne puisse venir poster des éléments parasites.

- Une discussion sur le “copier-coller” permet de définir en quoi cette tentation ne permet pas de les évaluer, ni de les faire progresser dans l’acquisition des compétences visées dans les recherches (celui-ci pose des questions épistémologiques et méta-cognitives : liées à la méthode pour acquérir des connaissances, ainsi qu’à la manière de percevoir comment on constuit soi-même ces connaissances).

- Les élèves créent alors des post-it où ils intègrent leur réflexion sur ce qui a été travaillé, pour parvenir à un mur. L’idée est de confronter et observer les idées de chacun pour une vue d’ensemble, afin d’intégrer des habitudes dans un futur projet de recherche.

Voici un exemple de rendu avec l’outil padlet

 

  • L’identité numérique en brainstorming :

Cette séance fait partie d’une séquence, publiée sur le site, sur l’identité numérique des élèves.

L’enseignante-documentaliste a d’abord créé un brainstorming, avant de permettre aux élèves de créer leur avatar virtuel. Enfin, les élèves collaborent pour restituer sur Padlet ce qu’est un avatar.

 

 

CLASSE = latin classis, groupement de citoyens

 

  • Le CDI : un lieu vraiment clos?

Il est possible de rendre ces situations pédagogiques ouvertes, interactives et motivantes : on peut développer nos compétences informationnelles en ce sens, et des outils peuvent nous permettre de créer ces situations “exteriorisées” et “dynamiques”. D’autant que ces outils ne demandent pas de technique lourde à mettre en place. Il s’agit souvent de créer la page qui va permettre la co-écriture, puis de reprendre le travail final.

Le but n’est pas de faire croire à l’élève qu’on l’espionne, mais bien qu’il est dans un espace public, une “cité”: la responsabilité des informations qu’il diffuse et l’interaction avec ses pairs sont mise en avant.

On peut imaginer que des classes d’établissements différents puissent, ainsi, collaborer entre elles, par exemple.

 

  • Comment?

    • Faire un lien sur Twitter pour annoncer la séance et le lien du travail collaboratif

    • Sur le site du collège, pointer vers le travail planifié des élèves à tel moment

    • Intégrer dans le site le code du mur ou du pad en cours de construction (bien entendu, le risque que quelqu’un parasite le travail peut exister…)

 

  • En direct en classe, en différé (ou pas) à la maison… Finalement, quelle plus-value ?

Pour achever le décloisement de l’espace classe, l’utilisation d’un outil de collaboration peut évidemment se faire à la maison dans le cas où l’élève dispose d’un ordinateur et d’un débit internet suffisant. Ce temps en dehors du collège, en distanciel et en différé oblige l’élève à prendre en compte le travail de l’autre et de faire preuve d’imagination pour apporter sa pierre à l’édifice. D’une séance à l’autre, ce temps est aussi objet d’une évaluation formative, qui repose sur les pairs (l’élève doit à ses camarades une contribution de qualité). L’élève doit mobiliser ce qui a été vu en classe, à la fois seul devant son ordinateur mais aussi en co-construction avec les autres. On note une réappropriation très positive des méthodes de travail développées ici.

Citons pour conclure, cet article de Laurence Juin, enseignante, issu de son blog :

L’unique fenêtre sur le monde pour l’élève en classe était le livre. Ouverture à sens unique: le livre distribue du savoir mais ne permet aucune interactivité et parfois aucune reflexion de l’élève qui ne fait que recevoir. Le Web et en particulier le Web 2.0 créent des espaces ouverts : l’enceinte de la classe n’est plus cloisonnée, les échanges sont possibles entre l’élève et de possibles intervenants extérieurs. Les interactions sont fortes, encouragées. L’interactivité enrichit celui qui la crée et la développe.”

 
 

Article écrit en collaboration : Raphaël hérédia et Marion Bazeaud, professeurs-documentalistes (académie de Besançon)